20 juillet 2024

Dakar, 48h chrono, pole pour Carlos Sainz… Et pour Van Beveren

L’œil dans l’objectif

Dunes à gogo. C’est le programme dans l’Empty Quarter, où les concurrents évoluent pendant deux jours sur une étape au format inédit, la 48h chrono. Sur une distance de spéciale de 547 kilomètres pour les équipages FIA, 625 km pour les pilotes FIM, chacun doit s’arrêter à partir de 16h sur le prochain des sept bivouacs répartis sur l’itinéraire. Dans l’Empty Quarter, rien ne se passe comme ailleurs, la quantité de sable mou à engloutir sous ses roues ayant des conséquences multiples, par exemple sur une consommation d’essence qu’il faut savoir calculer… une donnée majeure qui a échappé à Pablo Quintanilla. Les plus avancés sur le schéma de l’étape ne seront pas nécessairement les gagnants de demain mais jusqu’ici, les dunes ont été domptées dans les meilleures conditions par Adrien Van Beveren à moto et Carlos Sainz en voiture. Il leur reste respectivement 112 km et 149 km à parcourir pour éventuellement boucler l’étape en vainqueurs.

L’essentiel

Avec la vie dans les dunes, il n’y a pas que le franchissement qui compte. C’est peut-être une évidence, mais la prise en compte de la mécanique est primordiale, et cela commence par un paramètre basique : la gestion de sa quantité d’essence.

Pablo Quintanilla, tombé en panne sèche dix kilomètres avant le premier ravitaillement, paye très cher sa négligence et accuse après 424 km un retard de plus de 1h40’. Plusieurs de ses coéquipiers chez Honda, qu’il aura maintenant la possibilité de servir comme porteur d’eau (ou d’essence !) ont été plus sages et efficaces et peuvent toujours ambitionner de s’imposer à Yanbu. Ricky Brabec en fait partie et se trouve même virtuellement en tête du classement général avec 2’48’’ d’avance sur Ross Branch.

#9, Ricky Brabec, Honda. pht. Antonin Vincent

Mais c’est aussi le cas de «Nacho» Cornejo et d’Adrien Van Beveren, le plus rapide du jour jusqu’au point F, c’est-à-dire après 537 kilomètres, et où dorment ce soir dix motards au total. La catégorie autos n’a pas non plus été épargnée par les rebondissements, et c’est d’abord pour sa voracité que Yazeed Al Rajhi a perdu les commandes du classement général et peut-être dit au revoir à l’édition 2024 au km 51 (voir coup dur). Bien plus tard sur le parcours de la spéciale, Stéphane Peterhansel a quant à lui connu des déboires mécaniques qui rythment de façon amère la carrière des plus grands champions : sur une simple crevaison, sa Audi a été stoppée au km 256 mais la perte du système hydraulique l’a empêché de réparer rapidement et a condamné sa direction assistée… déjà 2h08’ de perdues, dur dur ! Pour autant, le clan Audi se tire avec les honneurs de cette première partie de 48h Chrono, puisque Carlos Sainz se positionne idéalement avant de reprendre la route demain matin (voir perf du jour) et que Mattias Ekstrom a signé le deuxième chrono intermédiaire, qui lui donnerait également le rôle de dauphin derrière son capitaine de route, à environ 16 minutes. Le clan des RS Q e-Tron peut donc garder espoir en dépit des soucis de «Peter»… mais il ne faudrait pas qu’un grain de sable vienne enrayer cette belle mécanique. Surtout que Nasser Al Attiyah et Sébastien Loeb, en léger retrait aujourd’hui, seront au rendez-vous pour continuer de leur mettre la pression.

#204, Carlos Sainz, Audi. pht. Antonin Vincent

Chez les Challenger, Eryk Goczal a profité des dunes pour accroitre son avantage sur Mitch Guthrie (56 minutes de retard au général virtuel), tandis qu’en SSV, les Polaris de Florent Vayssade et Xavier de Soultrait réalisent une bonne opération mais devront attendre de voir la performance réalisée demain matin sur la deuxième partie d’étape par le très menaçant Joao Ferreira, seulement arrivé au point C (km 347). Enfin, Martin Macik prend l’ascendant sur Janus van Kasteren chez les camions, une catégorie où il reste également 200 kilomètres à parcourir demain pour la majeure partie des favoris.

Les classement seront donnés à l’issue de cette étape demain

La perf’ du jour

pht. Eric Vargiolu

Le pari semble fonctionner pour Carlos Sainz, qui avait manœuvré hier à la bonne mesure pour partir dosant le temps qu’il lui fallait lâcher pour partir en bonne position et réaliser l’un des numéros dont il est coutumier sur le Dakar. C’est en s’élançant en 17e position que l’Espagnol a pu montrer l’efficacité d’un coup de volant intact depuis son époque de champion du monde des rallyes, et adapté aux dunes par une expérience de près de vingt ans sur le Dakar, depuis 2006 précisément. « El Matador », triple vainqueur de la course, a pris un avantage de 4’31’’ sur son coéquipier Mattias Ekstrom et de 5’19’’ sur Sébastien Loeb, ce qui lui ouvre la porte d’une 43e victoire d’étape sur le Dakar et également la possibilité d’atteindre la journée de repos en tête de la course.

Le coup dur du jour

pht. Eric Vargiolu

Il présentait tous les attributs du pilote à la force tranquille avant d’aborder en patron la grande étape de l’Empty Quarter : un terrain familier, tout voisin des cordons de dunes où il avait forgé sa victoire dans l’Abu Dhabi Desert Challenge en février dernier ; un statut de leader du classement général acquis sereinement y compris dans la caillasse ; et une position de départ, 4e, plutôt favorable pour le grand défi de la 48h chrono. Ce n’est pas dans les dunes que Yazeed Al Rajhi a fauté, mais entre deux portions séparées d’un grand chott où il a voulu exprimer le potentiel de puissance de son Toyota Hilux. Mais la gourmandise est aussi un vilain défaut sur le Dakar : à pleine vitesse, une herbe à chameaux ou une simple déformation de terrain a fait office de piste d’envol pour son auto, partie en tonneaux et immédiatement hors-service. Le Saoudien a été raccompagné au départ de la spéciale et n’a aucune garantie sur sa possibilité de batailler pour les étapes ou aider ses collègues chez Overdrive à partir de la septième étape. Il faudra en effet que son véhicule bien chiffonné réponde à nouveau à tous les règlements techniques de sécurité après la journée de repos.

La réaction du jour

Stéphane Peterhansel : « Je ne sais pas comment on va s’en sortir »

pht. Julien Delfosse

Interrogé au km 256 où il a été stoppé pour une simple crevaison, Stéphane Peterhansel a dû faire face à des problèmes techniques qui se sont présentés en cascade. « Nous avons crevé, et le corps du crick hydraulique a lâché. Comme nous n’avons pas de crick manuel, on ne sait pas comment on va pouvoir changer la roue. Le système hydraulique étant endommagé, je n’ai plus de direction assistée et je ne sais pas comment on va s’en sortir ».

Communiqué Dakar