23 avril 2024

Dakar, Prologue, Schareina et Ekström, parole aux sprinteurs

L’œil dans l’objectif

L’appellation peut sembler trompeuse, avec un prologue qui s’est révélé XXL, sur une distance de 27 kilomètres reprenant un condensé, certes très accessible, de toute une gamme de terrains qu’emprunte le Dakar. La région d’AlUla se prête à cet échantillon, avec des portions sablonneuses qui ont laissé place à des zones caillouteuses, et même déjà quelques choix de navigation ayant pu occasionner quelques hésitations. Pour autant, ce sont des spécialistes de l’exercice inaugural qui se sont illustrés : l’Espagnol Tosha Schareina avait damé le pion à tous les autres motards en ouverture du dernier Rallye du Maroc, et le Suédois Mattias Ekström avait imposé son Audi autour du « Sea Camp » installé en bord de mer Rouge l’année dernière sur le Dakar.

L’essentiel

On ne parle déjà plus d’un débutant avec Tosha Schareina, qui a terminé à deux reprises à la 13e place du Dakar et s’est imposé l’été dernier sur le Desafio Ruta 40, mais il disputait bien aujourd’hui sa première course en tant que pilote officiel. Le management de Honda peut se féliciter d’avoir été séduit par le jeune Espagnol, remarqué dans tous les états-majors et qui a choisi la marque japonaise pour passer à la vitesse supérieure.

Tosha Schareina

Derrière lui, Daniel Sanders a lui aussi fait parler la pointe de vitesse grâce à laquelle il avait pris d’emblée les commandes du Dakar en 2022, le podium du jour étant complété par Ross Branch. Les favoris du rallye restent dans le coup, qu’il s’agisse d’Adrien Van Beveren (4e) des frères Benavides (Luciano 5e, Kevin 9e), de Pablo Quintanilla (7e) et de Toby Price (8e), même si Skyler Howes (42e) devra cravacher pour rester à leur contact (voir coup dur). En autos les souvenirs de « pistard » de Mattias Ekström lui ont donné le coup de volant adéquat pour dominer la concurrence et lancer le clan Audi sur une dynamique positive, comme il l’avait fait l’année dernière.

Mattias Ekström, pht. Marcello Maragni

Sans le savoir, il a contrôlé Seth Quintero qui a entamé avec zèle sa carrière en Ultimate, signant le deuxième chrono alors que le temps ne sera pas pris en compte au classement général. Le jeune Américain a employé la manière forte pour avoir l’opportunité de choisir une position de départ avantageuse demain matin, tout comme Sébastien Loeb (3e). Les frères brésiliens Marcos et Cristian Baumgart font une entrée remarquée sur le Dakar avec les 4e et 5e temps (voir la perf’), mais le tenant du titre Nasser Al Attiyah a en revanche payé une petite erreur de navigation qui fait peut-être ses affaires. Avec le 12e temps, il héritera de la 12e place au départ, bien plus favorable que s’il avait terminé 10e et donc très probablement contraint à ouvrir la piste sur l’étape 1. Une mini-mésaventure similaire est arrivée à Guerlain Chicherit (voir réaction), avec une issue tout aussi heureuse puisqu’il se classe 11e. Il n’est pas nécessaire de descendre très loin dans le classement pour trouver le premier Challenger, puisque le 13e temps scratch a été réalisé par Eryk Goczal, dont on connaît déjà la capacité à démarrer très fort. Le minot de Cracovie domine d’entrée sa nouvelle catégorie avec 20’’ sur son oncle Michal, au volant d’une machine qui débute en fanfare sur le Dakar, puisqu’avec les autos de Nicolas Cavigliasso (4e) et Mitch Guthrie (5e), quatre Taurus figurent dans le Top 5 du jour, entourant l’ex-OT3 de GRallyTeam piloté par Kris Meeke (3e). Un air de renouveau souffle également en SSV, puisque Xavier de Soultrait, qui s’était imposé à moto sur une étape au Pérou en 2019 (7e au général), poursuit sa reconversion avec succès et s’est montré le plus rapide. L’écurie Sébastien Loeb Racing lui a confié un RZR Polaris, la marque qui a lancé les SSV sur le Dakar, mais ne s’était plus imposée depuis 2018. De Soultrait devance le favori Joao Ferreira, mais la performance de Polaris est soulignée par la troisième place de Florent Vayssade, le coéquipier du vainqueur du jour. En définitive, le seul tenant du titre qui navigue au sommet du classement du jour est le camionneur Janus van Kasteren, plus rapide qu’Ales Loprais pour 16’’. Le match Hollande vs République tchèque est lancé.

Janus van Kasteren, pht. Fredéric Le Floch

La perf du jour

Les fratries sur le Dakar, c’est une vieille histoire depuis les frères Marreau vainqueurs avec leur R20 Turbo jusqu’à Kevin et Luciano Benavides, animateurs majeurs l’année dernière à moto. Aujourd’hui, c’est une autre paire familiale qui a crevé l’écran, cette fois-ci venue du Brésil, en prenant la 4e et la 5e place du prologue juste derrière Sébastien Loeb et devant le revenant Krzystof Holowczyc. Marcos et Cristian Baumgart, qui ont remporté à cinq reprises le Rally dos Sertoes, la course de référence en tout-terrain au Brésil, avaient déjà fait une apparition remarquée sur le Dakar en 2019. Sur cette épopée péruvienne, les deux pilotes de Sao Paulo étaient inséparables, terminant l’épreuve en 6e et 7e position de la catégorie SSV. Cette année, ils passent à la vitesse supérieure et attaquent sur les chapeaux de roues en Ultimate. Du côté de l’aîné, Cristian, la préparation au Dakar a commencé dès le Sonora Rally avec une 7e place, puis sur le Rallye du Maroc (19e) ; tandis que son jeune frère Marcos a enchaîné sa deuxième place au Sertoes, derrière qui vous savez, par une 7e place au Rallye du Maroc. Manifestement, les frangins ont bien pris en mains le Hunter T1+ de chez ProDrive. Voilà qui promet.

Le coup dur du jour

Skyler Howes a du mal à se remettre en selle. Pour le cowboy de l’Utah, les prologues se suivent et se ressemblent. Sur la Honda officielle depuis le Rallye du Maroc, l’Américain fait plus de rodéo que de cavalier seul vers une progression qu’il avait amorcée il y a un an. Sur le Dakar 2023, alors chez Husqvarna, il s’était permis d’occuper la tête du Dakar en fin de première semaine avant de finir à Dammam sur la troisième place du podium. Pour sa première sortie sur la moto japonaise en octobre dernier, Skyler avait chuté dans le prologue, ne rejoignant même pas l’arrivée de ce galop d’essai. Aujourd’hui, le pilote Monster Energy Honda a une nouvelle fois mordu la poussière. Par chance cette fois, il s’est relevé avant de se perdre dans les canyons d’AlUla, road book devenu muet. 42e à 5’10’’ de son coéquipier Schareina, Howes a pointé ses moustaches à l’arrivée en dernière position de la catégorie Rally GP. L’officiel HRC devra très certainement ouvrir la piste demain. Une position peu enviable sur une étape annoncée longue et difficile qu’il sera compliqué de réaliser en cavalier seul. Mais les bonus lui semblent promis sur le début de la spéciale. Maigre consolation pour le mercenaire de l’étape 1 de demain qui n’aura pas d’autre choix que d’attaquer la banque

Skyler Howes, pht. Florent Gooden

La stat’ du jour

  1. Initialement mis au point par Mitch Guthrie, qui a triomphé à cinq reprises l’an dernier sur le Dakar, le Taurus T3 Max ne pouvait pas espérer plus belle entrée en matière dans cette 46e édition. Déjà au Rallye du Maroc, Taurus avait fait les gros titres en remportant pas moins de cinq étapes, trois avec Guthrie, une pour Eryk Goczal et une autre pour son oncle Michal. Aujourd’hui, Les quatre véhicules placés dans le Top 5 confirment le potentiel de la machine. En revanche, la douche est très fraîche pour le clan Can-Am, également dépassé par le Yamaha d’Ignacio Casale (6e). David Zille, le premier représentant de la marque qui a dominé la scène ces dernières éditions, n’est que 7e. Une première depuis l’arrivée de Can-Am sur le Dakar en 2018.

Les classements ici

La réaction du jour

Guerlain Chicherit :

« Un vrai prologue comme on n’en a rarement eu, une vraie petite spéciale déjà avec de la navigation, des difficultés et des dangers et on s’est d’ailleurs fait un peu prendre dans la poussière de la voiture de devant quand dans un canyon on est parti à gauche avant de faire demi tour. Ça coûte cher tout de suite, c’est comme ça mais ce n’est pas grave, on est en jambe, on est bien. »

Tosha Schareina : « la vraie course commence demain »

Vainqueur du prologue pour 12’’ sur Daniel Sanders, Tosha Schareina étrenne son statut de pilote officiel HRC de la plus belle des manières.

« Je me suis senti très à l’aise dans ce prologue qui ne ressemblait pas à ce que l’on trouve habituellement avec plus de distance, 27 kilomètres, un profil 100% sable et bien plus de navigation qu’à l’accoutumée. Mais il faut garder les pieds sur terre, la vraie course commence demain. »

Mission 1000

Les « Tigres du Désert » ont porté leur premier coup de griffes. Parmi les 10 véhicules qui ont inauguré le format du challenge Mission 1000, celui de Jean-Michel Paulhe, soutenu par son employeur Airbus pour mener ce projet de SSV à motorisation hybride, s’est acquitté de sa tâche sans trembler la moindre seconde. Sur un parcours qui s’est révélé à sa portée, le Marseillais s’est montré à l’aise, et enthousiaste à la descente de son véhicule : « Ces premiers kilomètres dans le désert saoudien ont été magiques ! On était évidemment un peu soucieux, attentifs au moindre bruit dans la voiture, mais tout s’est bien passé. On vérifie que toutes les mesures qu’on doit suivre soient bonnes et c’est le cas, on est même un peu mieux qu’attendu en termes de consommation. Maintenant, on va continuer à apprendre ».

Jean-Michel Paulhe, pht. Antonin Vincent

Sur un air de classic

Ils ne pouvaient pas rêver plus belle entrée ! Ils, ce sont les équipages des deux Porsche réplique 959 qui se sont imposées sur le prologue. La numéro 700 n’est autre que celle du couple tenant du titre Lidia Ruba et Juan Morera qui, pour rejouer le Dakar 1986 remporté par les deux 959 officielles de René Metge et Jacky Ickx, se sont associés au numéro 759 de François Larre, un rookie, et de Jérémy Athimon, le préparateur à l’origine de la réalisation des deux jumelles. Le parallèle entre le doublé historique de la marque de Stuttgart et ce lever de rideau est indéniable et constitue déjà un premier hommage, deux jours seulement après que René Metge ne se soit effacé.

pht. Aurélien Vialette

World Rally-raid Championship

La saison 2024 a débuté aujourd’hui, avec un premier avantage de Monster Energy Honda, double champion du monde en titre, sur Hero MotoSports. Au regard du W2RC, Schareina devance Ross Branch, pris en sandwich par la HRC de Van Beveren. Chez les Rally 2, le patron de la catégorie, Romain Dumontier, a pris les commandes devant Mathieu Doveze et Bradley Cox. Jean-Loup Lepan ferme la tenaille française en 4e position tandis que Paolo Lucci, habitué des premières places, n’est que 14e du jour. Chez les quads, les Argentins Francisco Moreno et Manuel Andujar prennent un meilleur départ qu’Alexandre Giroud. En autos, les quatre constructeurs engagés sont dans le Top 6 dès le coup d’envoi. Ekstrom pour Audi, Quintero pour Toyota Gazoo Racing, les frères Baumgart pour Nasser Racing Prodrive et Holowczyc pour Mini JCW X-raid. Dès demain, les premiers points seront en jeu. En Challenger, l’arrivée des Goczal dans la catégorie ne passe pas inaperçue coïncide avec la percée d’un autre prétendant, Nicolas Cavigliasso, qui devance Mitch Guthrie. En SSV, le match annoncé entre l’officiel Can-Am Factory Joao Ferreira et la rookie Sara Price de South Racing est engagé.

Etape 1