2 février 2023

Dakar 2023, Étape 2, Un kid, un seigneur et des perdants à AlUla !

L’ŒIL DANS L’OBJECTIF

En quittant le Sea Camp sur lequel le Dakar s’est installé pendant une mini-semaine, les pilotes et équipages s’enfoncent vers l’intérieur de l’Arabie Saoudite, où ils ont trouvé une fraîcheur matinale et des terrains en majorité humides. L’expédition du jour présentait en partie les particularités de la course en montagne, imposant de circuler sur des pistes étroites et de s’élever jusqu’à 1300 mètres d’altitude au passage d’un col à mi-spéciale. Même par des conditions météo qui ont modifié la nature des sols attendue, rendant par exemple la partie plus pierreuse et piégeuse, un jeune garçon qui grandit vite, Mason Klein, s’est imposé à moto là où de nombreux pilotes chevronnés ont perdu pied en autos, comme Loeb, Chicherit et Peterhansel… mais pas Al Attiyah, vainqueur du jour.

#200, Al-Attiyah, Toyota (auto) P1. pht. Red Bull

L’ESSENTIEL

La plupart des visiteurs d’AlUla s’y rendent l’esprit léger, certains d’y trouver les merveilles qu’ils sont venus admirer. Mais c’est une partie bien différente qu’ont joué les ténors du Dakar sur la deuxième étape en direction de la région des sites archéologiques et des temples nabatéens. Au jeu de l’évitement des pierres, l’Américain Mason Klein, qui était passé tout près du succès hier, a gardé son sang-froid du haut de ses 21 ans pour signer sa première victoire sur l’épreuve, alors qu’il intègre tout juste la catégorie RallyGP (voir le chiffre du jour).

#215, Erik Van Loon (auto) P2. pht Dakar

Le nouveau patron de la course domine sans complexe le général devant deux références de la discipline, Toby Price et Joan Barreda, qui sont parvenus à préserver leurs intérêts. Le défi était autrement plus délicat chez les autos, pour qui les risques de crevaison a été quasi-constant. La menace n’a-t-elle pas été suffisamment prise au sérieux par les pilotes des Hunter BRX, pourtant si convaincants sur la première étape ? En tout cas, Guerlain Chicherit comme Sébastien Loeb et Orlando Terranova se sont retrouvés sans roues de secours après trois crevaisons chacun, contraints à rejoindre l’arrivée au ralenti… certainement au point de voir leurs espoirs de victoire anéantis (voir coup dur).

#9, Mason Klein (moto) P1. pht. Dakar

Pendant ce temps, Nasser Al Attiyah adoptait une attitude prudemment conquérante, jaugeant de l’opportunité d’attaquer uniquement lorsque le terrain l’y autorisait. Devant lui, Carlos Sainz avait choisi l’audace, la présence de son fiston agissant comme la protection d’un talisman. L’Espagnol est passé entre les rochers, mais n’a pas pu empêcher Al Attiyah de lui reprendre plus de cinq minutes, s’adjugeant au passage une 45e spéciale sur le Dakar. Le duel est lancé.

#14, Sebastian Bühler (moto) P2. pht. Dakar

En T3, Mitch Guthrie s’impose devant « Chaleco » Lopez, toujours leader de la catégorie, tandis que chez les T4, la saga Goczal se poursuit. Après la victoire d’Eryk pour son arrivée dans le grand monde hier, c’est son père Marek qui s’est montré le plus rapide et prend aussi les commandes de la catégorie au général. En camions, Martin Macik a connu un coup d’arrêt, les heures perdues sur le chemin d’AlUla étant peut-être rédhibitoires. Il cède la tête de la catégorie à Ales Loprais, l’homme du jour et nouveau leader devant Janus Van Kasteren.

#508, Ales Loprais (camion) P1. pht. Dakar

LA PERF DU JOUR

#209, Mathieu Serradori (auto) P4. pht. Dakar

Mathieu Serradori s’est fait discret cette saison. C’est bien simple, on ne l’a pas vu sur le W2RC au volant du Century qu’il avait emmené sur le Dakar en 2019. Et pour cause, avec le constructeur sud-africain Century Racing, il travaillait dans l’ombre au remplacement du V8 du buggy deux roues motrices par un 2,9 litres bi-turbo d’Audi RS4. Grâce à une gestion prudente de l’étape, le premier pilote privé du Dakar 2022 arrivé en 7e position signe la 4e place du jour à 11’29’’ du vainqueur. Une place au pied du podium que le Français savoure : « On avait en place une stratégie pneumatique en sous gonflant la voiture car on savait qu’on allait faire souffrir les pneumatiques aujourd’hui. Cette troisième place a le goût d’une victoire d’étape ». Le Français, officiellement soutenu par Century Racing depuis cette édition, occupe désormais la 3e place du provisoire à moins de 25 minutes de Sainz. Il y a trois ans, il s’était déjà illustré en Arabie Saoudite en devenant le premier pilote privé vainqueur d’une spéciale depuis Guy Deladrière en 1988. La promesse est bel et bien suivie d’effets.

LE COUP DUR DU JOUR

#201, Sébastien Loeb. pht. Red Bull

Les montagnes russes, c’est un peu la vie de Sébastien Loeb sur le Dakar, qui a remporté 16 spéciales et a atteint trois fois le podium lors de ses six premières participations à l’épreuve, mais a aussi connu l’abandon, des casses mécaniques, des séances de jardinage qui ont ruiné ses ambitions. Aujourd’hui, ce sont les crevaisons qui l’ont éloigné de son grand objectif, puisqu’après une spéciale passée en grande partie sans roue de secours et donc au ralenti, il accuse un retard de plus de 1h20’ sur Sainz au général. La maladie des pneus percés qui a frappé l’Alsacien aujourd’hui s’est étendue à l’ensemble de l’équipe BRX, selon le même scénario. L’addition est d’ailleurs encore plus salée pour Guerlain Chicherit, qui n’avait pas encore rejoint AlUla à la nuit tombée. Comparé à cette dégringolade, « Orly » Terranova limite un peu les dégâts avec un débours de 1h08’ à l’arrivée. L’Argentin devient le leader des Hunter.

LE CHIFFRE DU JOUR : 21

#9, Mason Klein. pht. Dakar

Cela faisait six ans qu’un pilote privé n’avait pas remporté une étape du Dakar. Il faut remonter à 2016 avec le briscard Stefan Svitko pour retrouver trace d’une telle performance. Aujourd’hui, c’est Mason Klein du haut de ses 21 ans et pour son troisième jour de course dans la catégorie RallyGP qui a réalisé la chose et qui du même coup s’est emparé du classement général devant les pilotes officiels. « La valeur n’attend point le nombre des années » écrivait Corneille, que le kid d’Agua Dulce qui ne parle pas le français n’a peut-être pas lu. Il ignorait également que son nom signifie « petit » en allemand. Un détail qui n’a en revanche pas échappé à KTM qui couve son poulain au sein de son équipe satellite depuis son apparition au Rallye du Maroc en 2021 et qui sait que Klein a tout d’un grand. Remporter une spéciale et prendre la tête du Dakar aussi jeune… on n’en a pas souvenir !

W2RC

Avec les déconvenues du clan BRX, Loeb, Chicherit et Terranova n’ont plus tellement d’autre choix que de se lancer dans une chevauchée fantastique jusqu’à Dammam, leur seul espoir pour rêver de saisir les opportunités qui ne manqueront pas de survenir durant les douze jours de course à venir. C’est aussi la stratégie permise par le W2RC qui offre une seconde chance au grattage lorsque le tirage vous a été défavorable. Car entre 5 et 1 points sont décernés chaque jour aux 5 premiers de chaque étape. Un petit jeu auquel s’est déjà prêté Sébastien Loeb l’an dernier après une mésaventure similaire et qui lui avait permis de remplir sa tirelire afin de rester au contact du vainqueur du Dakar Nasser Al Attiyah.

Les classements ici

SUR UN AIR DE CLASSIC

#778, Juan Morena (classic) P1. pht. Dakar

Le rêve américain, le couple Galpin le vit au quotidien au travers de leurs activités automobiles qui tournent toutes ou presque autour d’un gros moteur V8. Les importateurs du Nascar en Europe qui sont au volant du Protruck ex Thierry Saby ont une ambition pour leur deuxième participation : tenter de remporter à nouveau la catégorie H3, mais si possible aussi cette fois-ci en montant sur le podium du classement général au pied duquel ils ont échoué. « Pour réaliser cela, il faudra partir chaque jour en tête, ce qui est une difficulté supplémentaire » analysait Anne sur qui repose la navigation. Et on peut dire qu’après leur victoire d’hier et leur départ en pole position de la caravane du Classic ce matin, l’équipage 701 a assumé sa position de leader. 4e puis 6e dans les deux premiers secteurs de régularité, ils ont signé la victoire dans l’exercice de navigation avant de rafler d’affilée les trois derniers Regularity Test (RT). Le Dakar Classic 2023 s’est trouvé son épouvantail. Et leurs adversaires ne peuvent pas espérer une défaillance mécanique. L’an dernier, pour sa première sortie en Classic, le Protruck n’avait pas connu le moindre souci.

Les réactions :

Seth Quintero : « On a manqué de réussite, voilà c’est comme ça »

Bien que troisième à seulement sept minutes du vainqueur du jour, Mitchell Guthrie, Seth Quintero n’était pas vraiment satisfait à l’arrivée de la deuxième étape. Deuxième du classement général, l’Américain attend son heure…

« C’était plus dur que ce que à quoi je m’attendais. Je pensais qu’on partait pour une étape de 4 heures ou 4 heures et demie, on a en mis sept. C’était long mais je me suis bien amusé. On avait un bon rythme en navigant dans le top cinq sur la première partie du parcours. Malheureusement, on a été victime de deux crevaisons lentes qui nous ont fait perdre du temps. Mais c’est comme ça, demain sera un autre jour. »

Erik van Loon : « Quelle journée ! »

Erik van Loon a signé une très belle performance lors de la deuxième étape amenant les pilotes du Sea Camp à Alula. Parti en 41e position, le Néerlandais a conclu la spéciale du jour à la deuxième place, à une quinzaine de secondes de Nasser Al Attiyah..

« Quelle journée ! Partir 41e pour finir 2e… On a doublé plus de trente véhicules sur le début de l’étape… Il y avait des pierres, des bosses… C’était un cauchemar. J’ai fait attention afin d’éviter les problèmes. »

Sébastien Loeb : « Le général, je n’y pense plus »

Deuxième du Dakar 2022, le pilote BRX a compromis ses chances de victoire après avoir crevé à trois reprises sur la spéciale. Il pointe à 1h21’ de Carlos Sainz au classement général.

« C’était l’enfer toute la spéciale. On a crevé trois fois et il a fallu réparer un pneu avec les mèches. Au niveau du pilotage, c’était intéressant. On a tout fait pour rouler doucement, mais il n’y a rien à faire, ce n’est pas du tout adapté à nos pneus. Le général, je n’y pense plus. Déjà, au regard de la spéciale, je me disais en voyant l’étape qu’il fallait juste la franchir, quitte à perdre une demi-heure. Mais on n’a pas réussi, donc c’est un peu mort ».

Mathieu Serradori : « le goût d’une victoire d’étape »

4e de la spéciale du jour, Mathieu Serradori fait monter la nouvelle Century CR6-T sur le podium du provisoire. Un beau retour sur le Dakar pour le meilleur privé de l’édition 2022 arrivé en 7e position à Jeddah et qui a préféré faire l’impasse cette saison sur les courses pour se concenrter sur le développement avec Century Racing d’un nouveau moteur turbo.

« Je crois qu’on est rentré dans le Dakar aujourd’hui. David Castera nous avait prévenu que ce serait une étape difficile, je pense qu’il faut l’écouter avec attention le soir au briefing. Malgré tout on a fait une belle étape, on avait en place une stratégie pneumatique en sous gonflant la voiture car on savait qu’on allait faire souffrir les pneumatiques aujourd’hui. On n’a pas cherché la performance mais à passer à travers les embûches. On a eu 300 km de canyons et de pierres, un truc de fou, je peux vous garantir que dans la voiture il n’y avait pas un mot, on n’a pas bronché de la journée jusqu’au dunes juste avant le bivouac qui nous ont soulagé. Je suis fier car cela récompense le travail de l’équipe qui nous a préparé une super voiture. Cette troisième place a le goût d’une victoire d’étape. »

Nasser Al Attiyah : « C’était le moment d’attaquer »

Le tenant du titre a récupéré plus de 5 minutes sur le leader Carlos Sainz et s’apprête à réaliser une bonne opération sur plusieurs de ses rivaux au classement général, dont Loeb et Chicherit.

« C’était le moment d’attaquer et de faire une bonne étape. Il y avait beaucoup de pierres, la navigation n’était pas simple, je crois que beaucoup de pilotes vont avoir des problèmes. Nous avons eu une crevaison au début mais ensuite nous avons fait très attention dans les passages rocailleux, pour ensuite attaquer là où c’était sablonneux. Je pensais que le début du rallye serait beaucoup plus simple, en réalité c’était très difficile mais c’est du bon boulot de la part de l’organisation ».

Mason Klein : « j’ai pris mes marques encore devant »

Vainqueur de la première étape de sa carrière avec la manière, en ouvrant la fin de spéciale et en la remportant malgré 2 minutes de pénalité pour excès de vitesse, Klein fait une entrée fracassante en RallyGP.

« Aujourd’hui je me suis senti super bien mais j’ai pris une pénalité, mais l’un dans l’autre c’est super bien et je me suis bien éclaté avec les gars qui me chambraient au ravitaillement parce que j’ouvrais la piste. Mais je l’ai fait, j’ai pris mes marques encore devant. Mais j’avais mal à la tête à devoir surveiller les zones de limitation de vitesse et la vitesse maximale autorisée. »

Etape 3

Liaison > 221 km – Spéciale > 447 km

 

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