2 février 2023

Dakar, Etape 7, Al Rajhi pour l’honneur

L’œil dans l’objectif

#202, Yaseed Al Rajhi SAU (auto) P1. pht. Dakar

Les motos et quads ont tracé au plus court pour rallier en liaison Riyadh à Al Duwadimi, par une route de près de 500 kilomètres qu’ils ont parcourue cette fois-ci au sec. Pour les autos et camions, c’est un peu plus au sud que se jouait une spéciale donnant la parole aux experts de la trajectoire et des changements de rythme. Sur des pistes parfois sablonneuses et à d’autres moments, caillouteuses, entre canyons et traversées d’oueds, les plus vifs ont su tirer profit de la situation. Pour une fois, les copilotes ont dû assumer pleinement le travail de navigation, d’ordinaire prémâché par les motards. Le contexte a notamment bénéficié au supersonique Yazeed Al Rajhi, parti loin derrière mais arrivé avec le meilleur temps du jour.

La spéciale a été supprimée pour les motos et les quads

L’essentiel

#213, Vaidotas Zala LUT (auto) P2. pht Dakar

Le patron de la course a quitté le bivouac de Riyadh l’esprit léger malgré le réveil ultra-matinal à quatre heures du matin. Essentiellement préoccupé par le choix de la musique qui illustrerait sa story Instagram du jour, Nasser Al Attiyah s’est dirigé vers le départ de la spéciale en sachant que son avance de plus d’une heure au classement général sur Henk Lategan lui offrait un bouclier de protection aussi efficace que celui d’Harry Potter. Pour autant, il n’est jamais question de flâner pour le Qatarien, qui a profité de la position de réel ouvreur, sans la moindre trace de moto, pour faire réviser ses classiques à son copilote Mathieu Baumel. Précautionneux avant tout, Nasser a royalement laissé filer une vingtaine de minutes à son coéquipier Yazeed Al Rajhi, qui domine un trio de fonceurs ayant déjà perdu tout espoir de bien figurer au classement général. Le Saoudien remporte la quatrième spéciale de sa carrière, la troisième à domicile, acquise grâce à un coup de volant qui s’est d’autant mieux exprimé avec une position de départ lointaine (39e). Ses deux poursuivants sur la feuille de classement du jour, Vaidotas Zala et Guerlain Chicherit, n’ont pas bénéficié de cet avantage mais ont en revanche exploité au maximum leurs deux Hunter pour redonner un peu de baume au cœur au clan BRX. Ils sont immédiatement suivis d’un trio de pilotes Sud-africains qui confirment une tendance nette sur l’évolution des rapports de force dans la discipline (voir perf du jour), sachant que les Audi ont perdu avec les déboires de Mattias Ekström leur dernière chance de s’inviter dans les places d’honneur. Le match pour le titre s’avère beaucoup plus serré chez les T3, et les deux leaders de la catégorie avaient bien conscience de la nécessité de préserver leurs intérêts sur un parcours piégeux. Dès lors, Guillaume De Mévius et Austin Jones se sont neutralisés, en retrait derrière le vainqueur de la spéciale, Mitch Guthrie.

314, Mitch Guthrie USA (T3) P1. pht. Dakar

Le Belge garde les commandes de la course, avec huit minutes d’avance sur l’Américain. En revanche, la catégorie SSV a connu un changement de leader, Rodrigo Luppi de Oliveira (voir le coup dur) ayant cédé à contre-cœur sa place à Rokas Baciuska, signataire d’une troisième spéciale cette année.

#400, Rokas Baciuska LTU (T4) P1. pht. Dakar

Le champion du monde est menacé par Marek et Eryk Goczal, père et fils, tous deux à moins de 7 minutes. Enfin, Janus Van Kasteren se fait une place dans le club des vainqueurs d’étapes de la catégorie camions, sans faire trembler Ales Loprais au sommet de la hiérarchie.

#502, Janus Van Kasteren NLD (camion) P1. pht. Dakar

La perf’ du jour

L’Afrique du Sud entretient une histoire particulière avec le Dakar. En 1992, Le Cap accueillait l’arrivée d’un parcours trans-africain hors-normes, celui qu’avait imaginé Thierry Sabine à l’origine avant de bifurquer sur une arrivée à Dakar. En 1999 un certain Alfie Cox déboulait à moto et allait signer 3 podiums dont une 2e place en 2002. L’année suivante, c’est Giniel de Villiers qui s’engageait en auto. Cette année le vainqueur du Dakar 2009 participe à son 20e Dakar. Il les a tous terminés dans le Top 10, sauf un. Un modèle pour une nouvelle génération de pilotes et de constructeurs. Les Toyota Gazoo Racing de Giniel de Villiers et Henk Lategan ainsi que le Century de Brian Baragwanath sont ‘‘made in Africa’’, comme on dit chez eux. Et aujourd’hui, ces trois pilotes signent un tir groupé de la 4e à la 6e place. Dans le Top 6 de chaque étape depuis 4 jours pour son 3e Dakar, Henk Lategan est aussi le poursuivant le plus direct de Nasser Al Attiyah au général. L’Afrique du Sud est la nation qui domine ce début de Dakar avec 3 équipages dans le Top 10 et 3 autos 100% « Sudaf » sur le podium du provisoire ce soir.

Le coup dur du jour

On ne peut que constater une belle progression chez Rodrigo Luppi de Oliveira, qui participe à son deuxième Dakar et avait déjà occupé le temps d’une journée la tête du classement général après avoir remporté une étape en janvier 2022. Cette fois-ci, le séjour du Brésilien au sommet de la hiérarchie des T4 a duré quatre jours. Mais au km 161 de la spéciale, une crevaison accompagnée de complications a contraint le leader de la catégorie à un arrêt d’une vingtaine de minutes, suivi d’une progression au ralenti jusqu’à l’arrivée de la spéciale, où le débours enregistré est monté à 40 minutes sur Rokas Baciuska, vainqueur d’étape et nouveau leader. La dégringolade de Rodrigo le relègue au 5e rang, mais toujours dans le coup, à 20’ du jeune Lituanien. Le pilote de South Racing peut aussi se réjouir du bon comportement de son fils Bruno, 18 ans, qui le suit immédiatement dans la hiérarchie, 6e à 1h55’ de Baciuska.

La stat’ du jour : 3

La catégorie camions connaît une période de fraîcheur qui contraste avec la mainmise des véhicules russes durant les dernières années. Forcément, les candidats sont nombreux à prétendre à leur succession, à commencer par le vainqueur du jour, Janus Van Kasteren, 5e l’an dernier. Le Néerlandais a arraché son premier scratch et fait ainsi son entrée dans les statistiques. Mieux encore, la catégorie a accueilli trois néo-vainqueurs qui représentent l’avenir cette année. En plus de Van Kasteren, valeur montante de la maison De Rooy, figurent Mitchel Van Den Brink, tout juste auréolé du record du plus jeune vainqueur chez les camions à 20 ans, et Gert Huzink, au volant d’un camion Renault hybride.

World rally-raid Championship

#200, Al-Attiyah QAT, très largement en tête du général avec 1h01’04 » d’avance sur Lategan et 1h54’17 » sur Loeb

En l’absence de leurs homologues motos et quads, Nasser Al Attiyah a conservé les commandes de la première manche avec près de deux heures d’avance sur Sébastien Loeb, son plus proche engagé en W2RC. En T3, Austin Jones, 6e du jour, reste solidement ancré en tête du Dakar. En T4, Rodrigo Luppi de Oliveira perd à la fois la tête du classement général et celle du championnat (voir coup dur). Rokas Baciuska, le tenant du titre, a réussi à inverser la vapeur et à reprendre la tête du provisoire en une seule étape ! Enfin chez les camions, Janus Van Kasteren devance à nouveau les engagés dans sa catégorie et conserve logiquement la main au championnat, toujours talonné par Martin Macik tandis que Kees Koolen le champion en titre reste à près de 4 heures du leader.

Les classements ici

Sur un air de Classic

#776, Paolo Bedeschi ITA (classic) P1. pht. Dakar

Les jours se suivent et commencent à se ressembler en tête du Classic ! Le classement général n’a pas subi de bouleversement mais la tendance commence à se dessiner avec un double match entre amis. Pour les deux premières places, ce sont les Espagnols de l’équipe Moma Raid Juan Morena et Lidia Ruba d’une part et Carlos Santaolalla et Aran Sol Ijuanoa d’autre part qui trustent encore la journée, sans que la hiérarchie entre les deux ne varie. Pour la 3e place du podium, le Belges Erik Qvick et son copilote Jean-Marie Lurquin ont vu le retour dans leurs rétroviseurs de Dirk Van Rompuy et Christiaan Michel Goris. C’est cet équipage 728 qui fait la bonne opération du jour en revenant dans le match avec leurs compatriotes. Mais pour espérer lutter avec les Catalans, il va falloir sortir le grand jeu. Peut-être demain dans un des tests de régularité où on annonce que la navigation pourrait donner lieu à des écarts à même de redistribuer les cartes. Sur le papier, l’école espagnole qui est plus tout terrain que celle de la Belgique a l’avantage. À suivre demain dans la 8e étape !

La réaction du jour

Guillaume de Mévius : « J’ai voulu assurer… peut-être un peu trop »

pht. Red Bull

« C’était une journée assez difficile pour nous. On s’est fait rattraper et on a eu une crevaison. C’était assez cassant et j’ai voulu assurer… peut-être un peu trop. Nous n’avons pas de souci majeur avec la voiture, on fera juste une petite vérification et on file au bivouac pour dormir à la bonne franquette ».

Carlos Sainz : « on a donné notre suspension à Mattias »

pht. Red Bull

N’ayant plus aucune chance de monter sur le podium à Dammam, Carlos Sainz a joué l’équipier modèle lors de la septième étape. Alors qu’il rêvait de faire un coup sur cette spéciale très rapide, le pilote Audi s’est arrêté auprès de Mattias Ekström pour l’aider à réparer son auto.

« Encore une mauvaise journée pour nous… Décidément, ce rallye n’est pas le nôtre. Mais on continue pour apprendre. Je me suis arrêté pour donner ma suspension à Mattias et nous avons dû attendre plus de trois heures notre camion d’assistance pour reprendre notre chemin… »

Janus Van Kasteren : « On a coupé tous les virages »

Premier des non Kamaz l’an dernier au classement du Dakar, Janus Van Kasteren a signé le meilleur temps de la spéciale du jour. Troisième au général provisoire, le Néerlandais qui décroche son premier succès reprend près de quatre minutes à Ales Loprais, toujours leader au soir de la septième étape.

« Ça a été une journée parfaite ! On a été très rapides, j’espère que nous avons gagné cette étape. On a eu jusqu’à présent des journées difficiles… J’ai raté un way point, on a crevé…Aujourd’hui tout s’est bien passé, on a coupé tous les virages ! »

Sébastien Loeb : « On a tous tourné ensemble »

pht. Red Bull

Décidé à faire la trace en l’absence des motos dispensées de l’étape 7, Sebastien Loeb a attaqué au maximum mais il a fini par être rejoint par un groupe de concurrents avec lesquels il a terminé la spéciale pied au plancher. Le pilote BRX conclut la journée sur une neuvième place.

« C’était une étape compliquée, comme prévu en prenant le départ de la deuxième position. On a rapidement rattrapé Nasser et on a essayé de passer devant pour augmenter le rythme tant que possible en sachant que les autres allaient nous rattraper. C’est ce qui s’est passé. Checherit et Lategan nous ont rejoints, puis Checherit est passé devant. Il attaquait fort mais il a fini par se perdre. Pour finir on a tous tourné ensemble… »

Nasser Al Attiyah : « On a dû ouvrir la spéciale sans la moindre trace »

pht. Red Bull

Nasser Al Attiyah est en mode assurance tout risque depuis que ses adversaires se sont auto éliminés. Il gère l’heure d’avance qu’il possède au général sur son poursuivant et coéquipier Henk Lategan.

« On a dû ouvrir la spéciale sans la moindre trace. Glen et Séb nous ont passé, c’était une navigation difficile et soudainement on s’est retrouvé à trois ou quatre voitures à se battre, les derniers 20-30 km étaient fous. »

Vaidotas Zala : « On était tout seuls dans le désert »

Le pilote lituanien du team BRX signe le deuxième temps de la spéciale du jour.

« C’était ma meilleure journée jusqu’à aujourd’hui… enfin ! La navigation était très difficile, mais Paulo a fait un bon boulot. Nous n’avons pas eu de crevaison non plus, on a réussi à éviter toutes les pierres, donc c’était au final une belle journée, j’adore. C’était une bagarre un peu étrange, on n’a vu aucune voiture sur notre chemin, on était tout seuls dans le désert. Ekström était derrière nous un moment, mais il a dû avoir un problème. Pour nous, ce Dakar n’est fait que de hauts et de bas, mais nous avons vraiment de bonnes sensations aujourd’hui ».

Yazeed Al Rajhi : « en passant à gauche ou à droite dans les oueds »

Yazeed Al Rajhi qui a connu un ennui mécanique hier partait loin derrière, proche de la 40e position. Le Saoudien remporte sa première spéciale sur ce Dakar, la 4e de sa carrière. Mais il compte plus de 5 heures de retard au général depuis hier. Une victoire pour l’honneur et peut-être aussi pour engranger des points de vainqueur d’étape en W2RC. Yazeed a terminé 3e en 2022 du championnat du monde.

« On a attaqué, il y avait de la navigation mais je pense avoir le meilleur copilote ! Ce n’était pas facile de partir derrière et de devoir doubler les plus petites voitures, souvent en passant à gauche ou à droite dans les oueds, mais on a fait un bon travail. Je ne suis pas inquiet sur les deux heures dont vont disposer mon équipe pour entretenir la voiture avant le parc fermé, ils ont besoin d’une heure et demie, ils ont trente minutes de marge. »

Communiqué ASO Dakar

Etape 8

AL DUWADIMI > RIYADH

08/01/2023 – Étape 8

Liaison > 476 km – Spéciale > 346 km

 

Haut du site