Dakar, étape 11, Sunderland et Al Attiyah, chasseurs bredouilles

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L’œil dans l’objectif

Pht. Eric Vargiolu/DPPI/Red Bull Content Pool

Légèrement rabotée en raison des précipitations ayant rendu impraticable une portion d’une cinquantaine de kilomètres, la 11e étape du Dakar avait été annoncée comme une scène propice aux retournements de situation. Complexe et complète, elle offrait à la fois des difficultés de navigation exigeant une concentration totale en début de parcours, puis dans le dernier tiers une très vaste zone de dunes où les experts du franchissement avaient une carte à jouer. C’est ce qu’ont fait avec application Sam Sunderland et Nasser Al Attiyah, sans parvenir toutefois à faire craquer leurs rivaux respectifs.

L’essentiel

Sam Sunderland (GBR) for Red Bull KTM Factory Team. Pht. Flavien Duhamel/Red Bull Content Pool

Dans quelques années, ils reparleront peut-être de la bataille de Yanbu avec de grands gestes de bras à l’appui de leurs exclamations. C’est certainement sur cette spéciale que s’est joué entre Kevin Benavides et Sam Sunderland le titre qui sera attribué demain à moto. L’Argentin a conservé en tête du classement général une marge théoriquement suffisante de 4’12’’, d’autant plus qu’il bénéficiera d’une position de départ plus avantageuse pour défendre son bien. Mais le pilote Honda a dû s’employer sérieusement en ouvrant la piste avec Brabec pour résister à l’assaut de Sam Sunderland. Sa démonstration sur le parcours l’a momentanément rapproché à une quarantaine de secondes de sa cible… mais le chasseur s’est essoufflé.

Nasser Al-Attiyah (QAT) for Toyota Gazoo Racing Team. Pht. Flavien Duhamel/Red Bull Content Pool

En autos, Nasser Al Attiyah tenait également ce rôle, mais avec un point de mire bien plus éloigné encore. Malgré une 41e victoire de spéciale et un léger rapprochement de 1’56’’, il lui a été impossible d’inverser la tendance pour couper la route de Stéphane Peterhansel vers un 14e titre. Demain, il prendra le départ avec un matelas chronométrique de 15’05’’. Sur son quad, Manuel Andujar a mis le cap sur Yanbu avec le même état d’esprit et son rival chilien Giovanni Enrico ne se rapproche qu’à 25’52’’ en remportant sa 2e étape de la quinzaine.

#401 Lopez Contardo Francisco (chl), Latrach Vinagre Juan Pablo (chl), Can-Am, South Racing Can-Am. Pht. Frederic Le Floc’h/DPPI

Chez les véhicules légers, la confrontation pouvait s’avérer bien plus piégeuse pour le Can-Am de « Chaleco » Lopez avec seulement 10 minutes d’avance sur Austin Jones, qui a subi l’épreuve du jour au lieu de l’exploiter. Seth Quintero a quant à lui pu prouver que son exploit de la semaine dernière ne devait rien au hasard, en remportant une 2e spéciale.

Anton Shibalov, Dmitrii Nikitin and Ivan Tatarinov in the Kamaz of the KAMAZ Master Team. Pht. Eric Vargiolu/DPPI/Red Bull Content Pool

Anton Shibalov en est à son 5e succès au total depuis ses débuts sur le Dakar et s’apprête à terminer 2e comme l’année dernière, cette fois-ci derrière Dmitry Sotnikov.

Stéphane Peterhansel, en tête avec une avance de 15 minutes sur Nasser Al Attiyah avant d’attaquer la dernière étape. Pht. Team

La perf’ du jour

#318 Han Wei (chn), Liao Min (chn), SMG, Hanwei Motorsport Team, Quzhou Motorsport City Team. Pht. Florent Gooden/DPPI

En 2020, Wei Han a conclu son deuxième Dakar en 10e position, devenant ainsi le meilleur représentant chinois de l’histoire du rallye. Actuellement posté en 18e position, il ne sera pas en mesure d’améliorer son propre record cette année, mais Han a montré qu’il était capable de faire briller le buggy SMG désormais préparé par l’équipe qu’il a créée avec Philippe Gache. Preuve en est : ce sixième temps de la spéciale du jour à dix minutes de Nasser Al Attiyah, et entouré de Cyril Despres et Giniel De Villiers, rien que ça ! Han s’offre ainsi son deuxième Top 10 et son meilleur résultat sur une étape du Dakar. De bon augure pour le Chinois qui espère aligner une plus grosse structure au Dakar dès 2022.

Le coup dur du jour

#88 Barreda Bort Joan (esp), Honda, Monster Energy Honda Team. Pht. Antonin Vincent/DPPI

Il y a lieu de se demander si les déboires du jour de Joan Barreda relèvent du concours de circonstances… ou tout simplement de la grosse boulette. Quoi qu’il en soit, le pilote Honda qui avait réalisé le meilleur temps de passage au km 215, embrouillé dans la lecture de son roadbook, ne s’est pas arrêté au ravitaillement, s’exposant à une très lourde pénalité et surtout à une panne d’essence… qui n’a pas manqué de le stopper net au km 267. Après avoir souhaité passer des examens médicaux, il a été héliporté vers le bivouac de Yanbu. Alors qu’il tenait une chance d’égaler son meilleur classement obtenu en 2017 (5e), « Bang Bang » a bel et bien fait voler en éclats les bénéfices d’une prestation jusqu’ici conforme à son objectif, et aux espoirs de l’équipe Honda de voir leurs motos rouges colorer les hauteurs du classement. Sa 11e participation au Dakar s’achève sur le 5e abandon de sa carrière sur l’épreuve.

La stat’ du jour : 7

Sam Sunderland (GRB) of Red Bull KTM Factory Team. Pht. Marcelo Maragni/Red Bull Content Pool

En l’absence de Toby Price, ils étaient quelques-uns à prétendre à la place de meilleur représentant KTM. C’est à Sam Sunderland que reviennent les honneurs. En renouant avec la victoire d’étape pour la première fois depuis 2019, le Britannique a aussi mis un terme à une série de sept succès consécutifs du clan Honda, entamée lors de la 3e étape avec Joan Barreda, puis poursuivie par Kevin Benavides, Ricky Brabec et Nacho Cornejo. L’enchaînement avait valeur de prise de pouvoir par la marque japonaise, qui avait mis du temps à faire vaciller les KTM mais s’imposait déjà depuis plusieurs années comme des empêcheurs de gagner en rafale pour l’usine autrichienne. Il faut en effet remonter à 2016 pour retrouver la trace d’une telle performance chez les pilotes KTM, avec justement Toby Price, mais aussi Antoine Meo et Stefan Svitko.

Sur un air de Classic

#212 LAMARRE STEPHAN / LAROCHE BENJAMIN, remportent l’étape de régularité en catégorie Classic

Les Espagnols Antonio Gutiérrez et Luis Heras ont participé à la dernière édition du Dakar africain en 2007, dans un camion qui avait rejoint le Lac Rose en 47e position. Cette fois-ci, c’est sur les bords de la Mer Rouge qu’ils s’apprêtent à terminer leur aventure du Dakar Classic, à bord d’une Mercedes G 320.

La réaction du jour

Sam Sunderland : « J’ai tout donné »

En remportant la 11e étape du Dakar, le vainqueur 2017 se hisse en 2e position, à 4’12’’ de Kevin Benavides avant la dernière spéciale.

« Je savais que c’était une de mes dernières chances de gagner, alors j’ai tout donné, toute la journée. J’ai fait de mon mieux et je suis content de mon effort donc je ne peux pas être triste et que je n’ai peut-être pas récupéré assez de temps. Il reste encore une étape et tout est encore possible, mais en tout cas je ne peux pas me plaindre. »

Les réactions

Kevin Benavides : « Ricky a bien attaqué avec moi »

Le leader du classement général prendra le départ de la dernière étape vers Jeddah avec 4’12’’ de marge sur Sam Sunderland, avec une position de départ plus avantageuse.

« Je partais 3e ce matin et on a fait du bon travail avec Ricky, il y avait de la navigation et aussi beaucoup de sable. J’ai ouvert la route à partir du km 200 et Ricky a bien attaqué avec moi dans les dunes. Ce n’est pas facile de rouler en tête toute la journée, mais nous sommes là. Demain, je vais attaquer comme tous les jours ».

Nasser Al Attiyah : « Exactement comme l’année dernière »

Le Qatarien a signé une 6e victoire de spéciale (prologue compris), mais se montre surtout frustré par sa 2e place au classement général.

« Je suis déjà content d’être là après 11 étapes sans aucun problème technique sur la voiture. Exactement comme l’année dernière, nous avons eu des problèmes de pneumatiques. J’espère que je reviendrai l’année prochaine avec des règles différentes. Je pense qu’avec 16 crevaisons, c’est beaucoup trop. Mais on va quand même continuer demain à tenter notre chance, nous verrons bien. »

Stéphane Peterhansel : « On a tapé un coup assez fort »

Un 14e titre sur le Dakar tend les bras à « Peter », qui a eu tout de même eu droit à quelques frayeurs sur la route de Yanbu.

« On a crevé dans la première partie. Ensuite on a doublé Nasser donc ça s’est bien passé. Mais sur la dernière partie, il y avait des dunes avec de gros rochers derrière. On a tapé un coup assez fort et on a à nouveau crevé mais on a eu peur qu’il y ait plus. Apparemment ça va, la voiture a résisté et on a perdu quelques minutes, mais trois fois rien. Toute la journée, ça a été du stress… pas évident »

Carlos Sainz : « Il m’est tout arrivé »

Troisième du classement général à plus d’une heure de son coéquipier Stéphane Peterhansel, voilà une position qui ne plaît guère au tenant du titre.

« On avait bien commencé, mais j’ai heurté un câble, j’allais vite et je ne l’ai pas vu, il a arraché le toit. Au total, j’ai passé une journée difficile en navigation, avec en plus deux crevaisons. Il m’est tout arrivé sur ce Dakar ! Mais nous sommes tout proche de la fin »

Seth Quintero : « Je ne peux pas demander mieux »

Le jeune Californien de 18 ans continue d’impressionner. Il remporte sa deuxième étape chez les véhicules légers.

« C’est absolument incroyable. Je ne sais pas très bien où on cela a commencé aujourd’hui, mais nous avons bien travaillé, en roulant à notre rythme puis ensuite en doublant un nombre important de voitures, pendant toute la journée. Les deux derniers jours ont été très durs, nous avons terminé l’étape 9 à 4 heures du matin, puis nous avons enchaîné avec la 10 sans avoir dormi quasiment. Et maintenant, on arrive sur la 11 et on la gagne ! Je ne peux pas demander mieux pour mon premier Dakar, cela m’a permis de grandir en tant que pilote. J’espère aller chercher encore une victoire demain, il va falloir rouler en tête et tenir le rythme. C’est une expérience incroyable et je pense déjà à l’année prochaine. »

L’ultime étape du Dakar n’est pas toujours la plus simple. Les pilotes et équipages seront encore maintenu sous pression par des cordons de dunes où un « tankage » serait du plus mauvais effet. Pour autant la journée sera placée sous le thème de la célébration, autour d’une ligne d’arrivée qui sera placée sous les rivages d’une Mer Rouge qui rappellera à certains le Lac Rose.

ETP 12. Yanbu – Jeddah

Les classements ici

Information in English

Close but no cigar for Sunderland and Al-Attiyah

Focus

Slightly shortened due to rainfall rendering a fifty-kilometre portion impracticable, the 11th stage of the Dakar had been heralded as a theatre conducive to dramatic turns in events. This complex and comprehensive stage threw up both navigational difficulties, for which total concentration was required at the start of the special, and a vast zone of dunes on the last third, where experts in taming the sandy mounds would hold a strong hand. This is exactly what Sam Sunderland and Nasser Al-Attiyah applied themselves to doing, without however managing to break their respective rivals’ resolve.

Outline

In several years’ time, perhaps rally aficionados will excitedly recount the battle of Yanbu. It was surely on this special that the title up for grabs between Sam Sunderland and Kevin Benavides in the bike category was decided. The Argentinean remains at the top of the general standings with a theoretically sufficient lead of 4’12’’, all the more so given that tomorrow he will enjoy a more favourable place in the starting order to defend his position. However, the Honda rider had to make a serious effort in opening the way with Ricky Brabec in order to withstand the attack of Sam Sunderland. The British rider’s show of force on the route of the special temporarily brought him within approximately forty seconds of his target, before he faltered slightly. In the car category, Nasser Al-Attiyah also found himself in this role, but with a much more distant focus of his attention. Despite his 41st stage victory and a time gain of 1’56’’, it was impossible for him to reverse the trend and block the way of Stéphane Peterhansel’s march to a 14th title. Tomorrow, the Frenchman will start with a time cushion of 15’05’’. In the quad race, Manuel Andújar headed for Yanbu with the same mind-set and his Chilean rival Giovanni Enrico only closed in to within 25’52’’ by winning his second stage of the fortnight. In the lightweight vehicle category, the battle could have been much trickier for “Chaleco” López behind the wheel of his Can-Am, with a lead of only 10 minutes over Austin Jones, but the American let the pressure get to him rather than exerting it. As for Seth Quintero, he proved that his feat of last week was by no means down to chance as he won his second special. Anton Shibalov moved the counter up to 5 successes in total since his debut on the Dakar and should finish second, like last year, but this time behind Dmitry Sotnikov.

Performance of the day

In 2020, Wei Han finished his second Dakar in 10th position, becoming the best Chinese representative in the rally’s history. Currently occupying 18th place, he will not be able to improve his own record this year, but Han demonstrated that he was able to shine behind the wheel of an SMG buggy that is now prepared by the team he created alongside Philippe Gache. He proved this by achieving the sixth best time on today’s special, ten minutes behind Nasser Al-Attiyah, slotted in between none other than Cyril Despres and Giniel De Villiers! As a result, Han picked up is second top ten finish and his best stage result on the Dakar. This bodes well for the Chinese driver, who hopes to line up with a reinforced team on the Dakar as from 2022.

A crushing blow

There is reason to wonder whether the day’s bad luck encountered by Joan Barreda is due to an unfortunate chain of circumstances, or merely just a major blunder. Either way, the Honda rider, who had posted the best time after 215 km, got muddled up reading his road-book and did not stop at the refuelling point, exposing himself to a severe penalty and especially to the likelihood of running out of petrol. This is exactly what happened as he ground to a halt after 267 km. Since he requested a medical examination, he was airlifted to the bivouac in Yanbu. Although he had the chance to equal his best finish on the rally so far, namely the 5th placed finish in 2017, “Bang-Bang” well and truly tore up all the benefits of his performance which had, until today, been in phase with his objectives and the hopes of his Honda team to see their bikes paint the upper reaches of the general standings red. As a result, his 11th participation on the Dakar finishes with the 5th withdrawal of his career on the rally.

Stat of the day : 7

In the absence of Toby Price, there were several riders ready to lay claim to the place of best KTM representative, but it was Sam Sunderland who came up trumps. By reacquainting himself with stage victory for the first time since 2019, the British rider also put a halt to a series of seven successive successes by the Honda clan, started on stage three by Joan Barreda and then continued by Kevin Benavides, Ricky Brabec and Nacho Cornejo. This sequence marked a shift in the balance of power to the Japanese constructor, which had taken time to rock the KTM boat but which had started, over the last few years, to prevent the Austrian brand becoming rapid-fire stage winners. Indeed, it is necessary to go back to 2016 to find a similar performance from KTM riders, with none other than Toby Price, alongside Antoine Meo and Štefan Svitko.

The makings of a Classic

Spanish drivers Antonio Gutiérrez and Luis Heras took part in the last African edition of the Dakar in 2007 in a truck that reached Lake Retba, the pink lake, in 47th position. This time, they are about to complete their Dakar Classic adventure on the shores of the Red Sea in a Mercedes G 320.

Quote of the day

Sam Sunderland: “I gave my all”

By winning stage 11 on the Dakar, the winner in 2017 has climbed into 2nd position, 4’12’’ behind Kevin Benavides before the final special.

“I knew that today was one of my last chances to try to win and I gave my all, all day. The boys up front did a great job and, you know, I cannot be sad, because I give everything I have and try my best. I didn’t quite manage to take enough time, but I’m happy with my effort. We still have one day to go and many things can happen on one stage. What a really tough day and a really difficult Dakar, but I’m super grateful for the team and everybody that put all the work in. Even to be able to be racing our bikes in the desert with the situation as it is in the world everywhere else, I can’t complain and I’m going to be happy to go and get some rest now”.