Carlos Ghosn arrêté, stupeur au Japon

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Carlos Ghosn est accusé de malversations par la justice japonaise.

Carlos Ghosn, PDG de Renault et un des plus grands patrons d’industrie au monde, été arrêté à Tokyo sur des soupçons de malversations. Et la sanction est rapidement tombée : il s’apprête à être limogé par Nissan, qui a dénoncé son « côté obscur ».

Pht. Claude Molinier

Le président exécutif du constructeur d’automobiles japonais, Hiroto Saikawa, a eu des mots très durs à l’encontre de l’ex-PDG.

Carlos Ghosn, qui dirige en outre le conseil d’administration de Mitsubishi Motors, « a pendant de nombreuses années déclaré des revenus inférieurs au montant réel », selon les résultats d’une enquête interne de Nissan menée sur la base du rapport d’un lanceur d’alerte. « En outre, de nombreuses autres malversations ont été découvertes, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles », ajoute Nissan. Un autre responsable du groupe, Greg Kelly, est également mis en cause.

Si Saikawa s’est dit « extrêmement choqué » par ces révélations, il a tout de même reconnu que Ghosn avait « réalisé d’importantes réformes et que ce qu’il avait accompli ne pouvait être nié ». Le Franco-Libano-Brésilien de 64 ans a ainsi érigé en à peine deux décennies un empire automobile en cumulant des fonctions comme aucun autre dirigeant d’entreprises de cette taille ne l’avait fait avant lui.

Carlos Ghosn était arrivé à Tokyo en 1999 pour redresser Nissan, tout juste uni à Renault. Il avait été nommé PDG deux ans plus tard. Surnommé « cost killer » (« tueur de coûts »), il avait transformé un groupe en pleine débâcle en une société très rentable au chiffre d’affaires annuel de près de 100 milliards d’euros, ce qui lui vaut une certaine vénération dans l’archipel. Il a passé le relais en avril 2017 à son dauphin, Hiroto Saikawa, tout en restant à la tête du conseil d’administration, pour se concentrer davantage sur l’alliance avec Renault et Mitsubishi Motors, qu’il a portée au sommet de l’industrie automobile mondiale. En tant que PDG de Nissan, il avait touché pour la période d’avril 2016 à mars 2017 quasiment 1,1 milliard de yens (8,8 millions d’euros au cours de l’époque). Il gagne en outre plus de 7 millions d’euros par an au titre de PDG de Renault, qu’il dirige depuis 2009 (il en était directeur général depuis 2005), des revenus qui ont souvent fait grincer des dents certains.

 Pht. Claude Molinier

Carlos Ghosn a sauvé fin 2016 le constructeur Mitsubishi Motors en prenant, via Nissan, une participation de 34 % dans le groupe alors empêtré dans un scandale de falsification de données. Le partenariat Renault-Nissan-Mitsubishi est aujourd’hui une construction aux équilibres complexes, constituée d’entreprises distinctes liées par des participations croisées non majoritaires. Renault détient 43 % de Nissan, qui possède 15 % du groupe au losange, tandis que Nissan possède 34 % de son compatriote Mitsubishi Motors. Renault a de son côté indiqué que son conseil d’administration « se réunira au plus vite ».

Selon les experts du secteur, les accusations portées contre Carlos Ghosn portent un rude coup au trio franco-japonais qui revendique le titre de premier ensemble automobile mondial, avec 10,6 millions de voitures vendues l’an dernier, dépassant ses rivaux Toyota ou Volkswagen. « S’il est arrêté, cela va chambouler l’alliance dont il est la pierre angulaire », avait commenté avant les informations de presse sur son arrestation Satoru Takada, analyste au sein du cabinet d’études TIW. À la Bourse de Paris, le titre de Renault s’effondrait de plus de 12 % en séance.